Livre / La Nuit du chasseur, une esthétique cinématographique : critique | CineChronicle
Par amk, 06/05/2022

Livre / La Nuit du chasseur, une esthétique cinématographique : critique | CineChronicle

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La Nuit du chasseur, une esthétique cinématographique

Publié pour la première fois en 2008, cet ouvrage consacré à La Nuit du chasseur et signé par Damien Ziegler, essayiste et spécialiste de l’esthétique du paysage, trouve naturellement sa place dans la collection « Analyse filmique » de la maison LettMotif. À l’instar de ses prédécesseurs (Barton Fink, le rêve de feu des frères Coen et A.I. Intelligence artificielle, ou l’adieu à la mélancolie, tous deux écrits par Ziegler), la présente étude vise l’exhaustivité. Revenant dans son introduction sur la singularité stylistique du film de Charles Laughton, ses différentes facettes techniques (scénario, production, réalisation, décors, photographie, distribution) sont longuement étudiées à partir de différentes sources bibliographiques qui attestent du travail d’exégèse mené par l’auteur. Car La Nuit du chasseur a fait couler beaucoup d’encre. Depuis sa sortie en 1955, de nombreux articles et quelques ouvrages de longueur variable (parmi lesquels on citera celui de Charles Tatum Jr. Paru chez Yellow Now en 1996) ont cherché à comprendre l’indéniable magnétisme qui se dégage de ses images. Pour Ziegler, l’explication pourrait se trouver du côté du merveilleux propre au conte qui se présente comme l’un des principaux modèles génériques du film. La chose a déjà été dite : le révérend Harry Powell (Robert Mitchum) en méchant ogre face aux petits poucets John (Billy Chapin) et Pearl (Sally Jane Bruce) sauvés par la bonne fée interprétée par Lillian Gish. Mais Ziegler se distingue des précédents écrits par sa méthode de travail qui consiste à retracer le fil du film en calquant le développement de son analyse sur son déroulement chronologique.

Chaque scène se voit ainsi analysée dans le détail. Le caractère redondant auquel auraient pu se risquer ses descriptions est heureusement évité grâce aux nombreux prolongements analytiques proposés par l’auteur. Le retour sur la composition de certains plans ou l’étude de procédés techniques (cadre dans le cadre, effets de montage) en particulier permet de valoriser l’unité incarnée par l’œuvre. Car sous la plume de Ziegler, La Nuit du chasseur se présente comme un grand Tout, chaque composante audio-visuelle redoublant l’énergie du drame ou la caractérisation identitaire d’un rôle.

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L’auteur revient par ailleurs sur certains aspects du film peu souvent commentés comme la direction d’enfants-acteurs, restituant l’originalité du film à la lumière de pistes de lecture inédites. La qualité de l’écrit est par ailleurs relayée par la présence de nombreuses captures d’écran, signature de la maison LettMotif, qui soutiennent la force descriptive des réflexions souvent stimulantes de Ziegler.

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