Un résident canadien coincé depuis deux semaines dans une zone de transit d’aéroport
Par amk, 03/10/2022

Un résident canadien coincé depuis deux semaines dans une zone de transit d’aéroport

C'est le lieu de vie de Déo Hasabumutima depuis maintenant 14 jours.

Avec la caméra de son téléphone, il nous montre son quotidien actuel. Cet habitant d’Edmonton est bloqué dans cet espace international, sans aucune solution ni perspective, malgré de multiples appels aux autorités canadiennes.

Cette situation fait inévitablement penser au film The Terminal, de Steven Spielberg, où un père de famille interprété par Tom Hanks se retrouve dans une situation semblable. Sauf qu'ici, ce n’est pas du cinéma.

Je suis fatigué, glisse Déo Hasabumutima dans un excellent français, en tentant de garder le sourire, derrière ses lunettes noires.

J’essaie de gérer ça, sinon ma tension va monter. Mais tout ça, c'est beaucoup de stress, confie l'homme de 57 ans, assis sur le lit d’une minuscule chambre, avant de partir chercher des pâtes, des frites, du poulet ou un sandwich. Les seuls choix offerts dans cet espace clos qu’il ne peut quitter.

La chambre que Déo Hasabumutima a pu trouver dans la zone de transit de l'aéroport.

Photo : Gracieuseté : Déo Hasabumutima

Coincé en Turquie, après un départ du Niger

Comment en est-il arrivé là?

Déo Hasabumutima a obtenu le statut de réfugié au Canada en 2016. Natif du Burundi, ce travailleur humanitaire a reçu des menaces de mort, assure-t-il, avant de venir à Montréal, puis de s’installer en Alberta, à Edmonton, avec sa femme et ses cinq enfants.

Un résident canadien coincé depuis deux semaines dans une zone de transit d’aéroport

Résident permanent, il lance en 2020 la procédure pour obtenir sa citoyenneté canadienne. Dans le même temps, il part en mission, au Niger, pour le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies. Cette agence, qui a obtenu le prix Nobel de la paix l'an dernier, aide les populations vulnérables partout dans le monde, en leur fournissant des denrées alimentaires.

N’ayant pas encore son passeport canadien, Déo Hasabumutima voyage avec son passeport burundais et sa carte de résidence permanente pour rentrer en Alberta. Or, durant son séjour professionnel, son passeport expire.

Puisqu’il a obtenu l’asile du Canada pour fuir la persécution au Burundi, il n’a pas pu le faire renouveler, explique son avocat, Hugues Langlais, tout en admettant que son client a fait preuve d’imprudence en ne vérifiant pas cet élément avant sa mission.

Avant de prendre l’avion, l’ambassade du Canada à Dakar m’a dit qu’en tant que résident permanent, ça va aller. Je ne savais pas qu’il pouvait y avoir un problème, jure l’intéressé, qui voulait profiter d’un mois de congé pour voir sa famille à Edmonton.

À l’aéroport de Niamey, au Niger, tout se passe bien. Le 16 juin, il peut embarquer vers Toronto. Mais tout se complique lors de l’escale en Turquie. Impossible de prendre son vol vers le Canada, l’accès lui est refusé, faute de document de voyage valide.

Une carte de résidence permanente n’est en effet pas suffisante pour voyager. Les résidents permanents canadiens doivent également avoir en main un passeport valide lorsqu’ils voyagent à l’étranger, y compris lorsqu’ils reviennent au Canada, peut-on lire sur le site du gouvernement.

Déo Hasabumutima ne peut quitter la zone de transit de l'aéroport international d'Istanbul.

Photo : Gracieuseté : Déo Hasabumutima

Silence radio du gouvernement canadien

Depuis deux semaines, Déo Hasabumutima et son avocat multiplient les démarches. On a contacté Affaires mondiales Canada et Immigration Canada, on n’a pas de nouvelles, déplore Hugues Langlais.

Il a obtenu la protection du Canada. Le but maintenant, c’est de lui fournir un document pour le rapatrier à la maison, reprend l’avocat.

Heureusement, dit Déo Hasabumutima, l’aéroport d’Istanbul dispose d’un hôtel au sein de cette zone internationale. N’ayant aucune carte de crédit avec lui, il demande quotidiennement à son épouse d'effectuer un virement électronique de près de 280 dollars à la réception. Et ses ressources financières sont de plus en plus limitées.

Je n’ai presque plus de monnaie. J’ai demandé un transfert par Western Union, mais pour le récupérer, je dois quitter la zone de transit. Or, je n’ai pas le droit d’entrer en Turquie, souligne-t-il.

Cette impasse a assez duré, selon Hugues Langlais. On ne peut pas le laisser moisir dans une zone de transit à l’aéroport. On ne parle pas d’un dangereux criminel, mais d’un résident permanent, qui a sa famille à Edmonton et qui ne peut pas rentrer chez lui.

Ni le ministère de l’Immigration ni Affaires mondiales Canada n’ont répondu aux questions de Radio-Canada.

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