«L'aérien ne doit plus faire partie des rêves d'enfant»: nouvelle polémique dans une ville gérée par les Verts
Par amk, 29/04/2022

«L'aérien ne doit plus faire partie des rêves d'enfant»: nouvelle polémique dans une ville gérée par les Verts

Et une polémique de plus pour les Verts. Après Bordeaux, Lyon et Strasbourg, c'est au tour de la mairie écologiste de Poitiers d'être sous le feu des critiques. En cause, cette fois-ci, les propos de la maire, Léonore Moncond'huy, sur l'aviation. Un extrait du conseil municipal de la ville, tenu lundi dernier, est remonté à la surface sur les réseaux sociaux en plein cœur du week-end de Pâques.

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On y retrouve l'édile en train d'annoncer la suppression progressive des subventions allouées aux aéroclubs de la ville, tout en justifiant : «C'est triste, mais l'aérien ne doit plus faire partie des rêves d'enfants aujourd'hui.» Léonore Moncond'huy répondait par là à une élue LREM, Isabelle Chedaneau, qui rappelait que les associations d'aéroclub «ont permis aux jeunes Poitevins de passer le brevet d'initiation aéronautique et ont accueilli l'opération “Rêves de gosses”».Un événement annuel qui permet à des enfants atteints d'un handicap de faire un tour en avion.

Rapidement, la polémique est devenue virale. La maire écologiste a été accusée de vouloir dicter les rêves des enfants. Sur Twitter, le ministre des Transports - et ancien pilote de ligne - Jean-Baptiste Djebbari, a fait part de son indignation en citant l'aviateur Saint-Exupéry : «Fais de ta vie un rêve et d'un rêve une réalité», qui était, selon lui, «loin de ces élucubrations autoritaires et moribondes».

«C'est curieux, cette capacité à dire comment penser, ce qu'il faut aimer, ce qui doit nous émouvoir ou doit nous faire rêver. Et à oublier que les progrès humains sont le fruit des rêves et de la liberté», a également déploré Marc Fesneau, le ministre chargé des relations avec le Parlement. À droite, Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, a dénoncé le «totalitarisme» des Verts, les accusant de «priver les enfants de leurs rêves» et jusqu'à vouloir les «rééduquer».

«L'aérien ne doit plus faire partie des rêves d'enfant»: nouvelle polémique dans une ville gérée par les Verts

Même à gauche, où les critiques contre les écologistes sont habituellement moins vives, les reproches ont fusé. « Coucou Poitiers ! Les rêves sont toujours libres. Signé Icare », a raillé le candidat LFI, Jean-Luc Mélenchon. « Rêver, c'est la liberté. Évoquer des rêves dont on doit préserver les enfants revient à remettre en cause cette liberté. On continuera à rêver, et même de l'avion vert », a souligné Valérie Rabault, la présidente du groupe socialiste à l'Assemblée.

Sous pression, Léonore Moncond'huy a voulu éteindre l'incendie en postant une vidéo samedi sur les réseaux sociaux. «Depuis toujours, le cœur de mon engagement, c'est l'éducation populaire. C'est pourquoi nous nous engageons aujourd'hui pour un projet global et cohérent, pour que chaque enfant puisse avoir accès à un avenir désirable, souriant et responsable», a souligné la maire, rappelant que la «première décision» de sa majorité a été de «mettre en place un plan vacances pour tous».

Dans son entourage, on regrette une polémique «injuste» au regard de son action pour les jeunes Poitevins. «Elle dit simplement que les enfants d'aujourd'hui ne vont pas avoir le même imaginaire que les enfants d'il y a trente ans. Par exemple, quelle jeune fille veut encore être hôtesse de l'air aujourd'hui ?», souffle un de ses con­seillers. Sur le plan national, les Verts font aussi bloc. À commencer par leur chef, Julien Bayou : «Énième polémique où l'enjeu est surtout d'attaquer les écologistes», réplique-t-il.

Coup dur pour les Verts

Pour un parti qui cherche à prouver sa crédibilité dans la perspective de 2022, cette nouvelle controverse représente toutefois un nouveau coup dur. D'autant que les Verts sortaient tout juste la tête d'une autre affaire épineuse à Strasbourg. La maire écologiste, Jeanne Barseghian, avait accepté fin mars le «principe d'une subvention» de plus de 2,5 millions d'euros à la mosquée Eyyub Sultan - conformément à la tradition concordataire du territoire. La fédération derrière le projet, Millî Görüs, proche du pouvoir turc, avait pourtant refusé de signer la charte des principes pour l'islam de France.

Un peu plus tôt, la mairie avait également refusé de reconnaître la définition de l'antisémitisme, proposée par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, jugeant que les termes utilisés interdisaient toute critique d'Israël. Pour se défendre, les écologistes avaient là encore accusé le gouvernement de monter en épingle ces polémiques. « Cela prouve que l'exécutif nous craint pour 2022. Si vous êtes la cible, c'est que vous êtes forts », souligne une responsable d'EELV. Avant d'ajouter : « Mais cela laisse malheureusement toujours des traces… »

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Les écologistes en ont déjà payé le prix fort. À la rentrée 2020, les mots du maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, sur l'ancien sapin de Noël géant de Bordeaux qualifié d'« arbre mort » avait été désapprouvés par 72 % des Français. 68 % avaient également condamné les propos du maire de Lyon, Grégory Doucet, sur le Tour de France qu'il jugeait « machiste » et « polluant ». Déjà un mauvais signal pour ce parti par tradition apprécié par les Français, et renforcé par son bon score aux européennes en 2019 (troisième avec plus de 13 % des voix) et la conquête de plusieurs grandes villes aux municipales de 2020. Ces polémiques successives pourraient bien fissurer le « rêve » des Verts d'une victoire en 2022.

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