Missionnaires enlevés en Haïti Le gang exige 17 millions pour libérer ses otages
Par amk, 25/02/2022

Missionnaires enlevés en Haïti Le gang exige 17 millions pour libérer ses otages

(Port-au-Prince, Haïti ) Le gang qui a enlevé samedi 17 personnes associées à un groupe d’aide chrétien basé aux États-Unis en Haïti a demandé une rançon de 1 million de dollars pour chacune des personnes qu’elle détient, a déclaré mardi le ministre de la Justice du pays, Liszt Quitel.

Mis à jour le 19 oct. 2021 Andre Paultre ET Maria Abi-Habib The New York Times

Les autorités locales ont déclaré que le groupe kidnappé, formé de 16 Américains et un Canadien, a été capturé dans une banlieue de Port-au-Prince. Cinq enfants, dont un de 2 ans, figurent parmi les personnes enlevées.

« La demande a été faite au groupe Christian Aid Ministries – ils ont demandé un million de dollars par personne », a déclaré Quitel dans une interview téléphonique. « Souvent, ces gangs savent que ces demandes ne peuvent être satisfaites et ils envisagent une contre-offre des familles, et les négociations peuvent prendre quelques jours ou quelques semaines. »

Pour autant qu’il le sache, a-t-il dit, le gang n’a pas émis de date limite pour le paiement.

Le Wall Street Journal avait déjà fait état de cette demande de rançon.

Les États-Unis feront « tout leur possible » pour libérer les 17 citoyens nord-américains enlevés par un gang en Haïti, a déclaré le chef de la diplomatie Antony Blinken, alors que les ravisseurs demandent une rançon de 17 millions de dollars.

« Nous sommes concentrés sans relâche sur cette question », a déclaré Antony Blinken, en visite à Quito, en Équateur. « Nous ferons tout notre possible pour aider à résoudre la situation », a-t-il ajouté, précisant qu’une équipe du FBI travaillait sur ce dossier.

« Malheureusement, c’est également le symptôme d’un problème bien plus grand avec la situation sécuritaire qui est tout simplement intenable » en Haïti, a ajouté le secrétaire d’État.

Haïti est en proie à des bouleversements politiques depuis des années, et les enlèvements de riches et de pauvres sont d’une fréquence alarmante. Mais même dans un pays habitué à une anarchie généralisée, l’enlèvement d’un groupe aussi important a choqué les autorités par son audace.

La violence est en hausse dans la capitale, Port-au-Prince, qui est contrôlée par des gangs. Selon certaines estimations, les gangs contrôlent désormais près de la moitié de la ville. Lundi, des gangs ont tiré sur un bus scolaire à Port-au-Prince, blessant au moins cinq personnes, dont des élèves, tandis qu’un autre autobus public a également été détourné par un gang.

La crise sécuritaire survient dans la foulée d’une profonde crise politique en Haïti. Il y a deux ans, des manifestants ont dénoncé la corruption généralisée et exigé l’éviction du président Jovenel Moïse, ce qui a paralysé le pays. L’impasse a empêché les malades de se faire soigner dans les hôpitaux, les enfants d’aller à l’école, les travailleurs de se rendre aux rares emplois disponibles et a même provoqué des coupures d’électricité dans certaines parties du pays.

Depuis lors, les gangs n’ont fait que s’affirmer davantage. Ils agissent à leur guise, kidnappant des enfants sur le chemin de l’école et des pasteurs en plein sermon.

Le gang qui, selon la police, a enlevé les 17 missionnaires et les membres de leur famille est l’un des plus dangereux du pays et l’un des premiers à se livrer à des enlèvements de masse.

Le gang, connu sous le nom de « 400 Mawozo », contrôle la zone où les missionnaires ont été enlevés, dans la banlieue de Port-au-Prince, la capitale. Le groupe y sème la terreur depuis plusieurs mois, engageant des combats armés avec des gangs rivaux et enlevant des hommes d’affaires et des policiers.

Le gang a porté le kidnapping à un nouveau niveau en Haïti, enlevant des personnes en masse alors qu’elles prennent l’autobus ou marchent dans les rues en groupes dont le nombre aurait pu autrefois les protéger.

Le gang a été accusé d’avoir enlevé cinq prêtres et deux religieuses plus tôt cette année. Il aurait également tué Anderson Belony, un célèbre sculpteur, mardi, selon les médias locaux. Belony avait travaillé pour améliorer sa communauté appauvrie.

Croix-des-Bouquets, l’une des banlieues désormais contrôlées par le gang, est devenue une ville presque fantôme, de nombreux habitants fuyant la violence quotidienne.

Dans ce quartier autrefois animé, on ne trouve plus les pauvres vendeurs de rue qui bordaient les trottoirs, dont certains ont été enlevés par le gang pour le peu qu’ils avaient en poche ou ont dû vendre les quelques biens qu’ils avaient chez eux, notamment des radios ou des réfrigérateurs, pour payer la rançon.

Les gangs ont sévi à Port-au-Prince au cours des deux dernières décennies, mais ils étaient souvent utilisés à des fins politiques – comme la suppression des électeurs– par des politiciens puissants. Ils sont devenus une force apparemment incontrôlable, prospérant dans le malaise économique et le désespoir qui s’aggravent chaque année, avec des gangs indépendants qui se multiplient dans la capitale.

Ce texte a été traduit du New York Times

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Avec l’Agence France-Presse

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