Podle akademiotoelektronik, 11/12/2022

Essai Honda ADV 350 : quand Daktari descend en ville…

A priori, coller « adventure » et « scooter » dans la même phrase, c’est comme tenter d’accorder « empathie » avec « préfet de police », ou toute autre oxymore. Bref, y’a comme qui dirait un truc qui colle pas. Un scooter, c’est fait pour vous retirer toute émotion et vous emmener au boulot en vous protégeant des éléments et en vous facilitant la vie. L’aventure, c’est chercher à se la compliquer, c’est sortir de sa zone de confort, c’est tout sauf le commuting quotidien ; c’est, à l’instar d’une Africa Twin, une moto qui vous fait rêver de couchers de soleil sur le désert de Namibie à chaque fois que vous ouvrez la porte de votre garage, même si c’est pour aller vous jeter ensuite dans un cubicule et aller y souffrir vos huit heures quotidiennes.

Et pourtant : quelle ne fut pas notre surprise (en tous cas, la mienne), d’apprendre que pour Honda Europe, la meilleure vente, ce n’est autre que le… attention, suspense, roulements de tambour et tout le tintouin… le X-ADV. Le scooter « hybride » aux relents d’aventurier de la jungle urbaine s’est écoulé à plus de 44000 exemplaires depuis son lancement en 2017. Pas mal, non ?

Ajoutez à cela un autre paramètre dans l’équation : en France, dans la catégorie des scooters 300/350, c’est le Forza qui domine le game avec 1768 exemplaires vendus l’an dernier contre 1300 Yamaha Xmax 300, le Honda étant même en hausse de 12 % quand le Yamaha n’aurait enregistré que plus 3 % de désirabilité supplémentaire.

Bref, secouez le tout et vous comprendrez aisément qu’un ADV 350 a tout ce qu’il faut dans son jeu pour devenir incontournable sur le marché. D’ailleurs, il est là, et nous avons pu le tester sous le soleil de Sicile…

Honda ADV 350 : présentation

Là encore, halte aux raccourcis. Certains pourraient penser que Honda s’est contenté de greffer une face avant de X-ADV sur un Forza 350, genre « ni vu ni connu je t’embrouille », et le tour est joué. Ce n’est pas tout à fait cela, même si, on ne va pas se mentir, le moteur et le cadre sont exactement les mêmes, point pour point, et c’est plutôt un argument positif car le Forza 350 est par ailleurs un scooter très réussi, les liens de parenté avec le X-ADV 750 sont à la fois évidents et valorisants pour qui saura jeter son dévolu sur le « petit ».

En creusant un peu, on voit bien que, outre la face avant et sa distinctive signature visuelle à LEDs, provenant du studio de design Honda de Rome ; le ADV 350 se dote également de pare-mains, d’un pare-brise réglable (manuellement) en quatre positions sur une amplitude de 133 mm, de pneumatiques mixtes (des Metzeler Karoo Street) montés sur de nouvelles roues (plus légères de 225 grammes – c’est important, c’est du poids non suspendu), et de suspensions différentes.

Là où le Forza 350 se contente d’une fourche télescopique de 33 mm (100 mm de débattement), l’ADV 350 présente mieux avec une fourche inversée Showa de 37 mm rigidifiée par deux tés (un sur le Forza) et débattant sur 125 mm. Cerise sur le double amortisseur : la présence de bonbonnes séparées sur l’ADV 350.

Enfin, le tableau de bord est également différent de celui du Forza : une dalle LCD fait l’affaire, à la fois lisible, complète et de taille suffisante, contrairement au micro-élément qui, par le passé, faisait office sur la gamme des CB 500. On termine le tour d’horizon avec un vide-poche assez généreux, dans le renfoncement gauche du tablier avant, doté d’une prise USB-C. Les fans de connectivité seront heureux de savoir que le système Honda à commande vocale (le Honda Smartphone Voice Control) est compatible avec cet ADV 350. Il est donc possible d’être notifié de ses appels et de ses SMS, d’écouter sa musique, ou de se faire guider par un GPS (Google uniquement, le système n’est pas encore compatible Apple).

Le moteur, donc, est identique à celui du Forza : ce monocylindre de 330 cm3, très moderne (il dispose de technologie de refroidissement du piston par jet d’huile, un truc que l’on ne retrouve, chez Honda, que sur des engins aussi performants que la CBR 1000 RR-R ou la CRF 450), dispose d’un balancier d’équilibrage et développe 29 chevaux à 7500 tr/min et 31,5 Nm à 5250 tr/min. Il est donné pour une consommation moyenne de 3,4 l/100, soit plus de 340 kilomètres d’autonomie grâce au réservoir de 11,7 litres.

Honda ADV 350 : prise en mains

Essai Honda ADV 350 : quand Daktari descend en ville…

Un 4x4, c’est haut sur pattes. Un scooter « adventure », aussi, mais c’est raisonnable : si la selle culmine à 780 mm sur le Forza, on la retrouve à 795 mm sur l’ADV 350. Est-ce trop haut ? Je n’en ai fichtre aucune idée : j’ai un point commun (un seul) avec Adriana Karembeu, une longueur de jambes qui suscite l’admiration (ou l’indifférence, n’exagérons pas), mais qui, en tous les cas, me privent d’une facilité d’analyse sur les hauteurs de selle. Quoi qu’il en soit, certains collègues, petits par la taille mais grands par le talent ne se sont pas plaints, ce qui est déjà un indice. Bref, mon conseil, c’est d’aller essayer, parce qu’en plus, la selle est évidée en sa partie avant, et que ça doit aider.

Ensuite, on se retrouve donc devant un poste de conduite bien agencé, avec ce nouveau guidon bien épais qui renvoie sans aucun doute à l’univers « tout-terrain ». Le fonctionnement du tableau de bord est facile à comprendre, en fait, il y a trois niveaux d’information sur les lignes de droite, et l’on passe de l’une à l’autre via un bouton au commodo gauche. On notera qu’avec des gants d’hiver, les boutons sont peut-être un poil petit : j’ai souvent actionné les warnings en même temps que les clignotants, par exemple. L’écartement des leviers n’est pas réglable, je ne les ai pas trouvés trop distants, à vous de voir aussi.

Transpondeur keyless dans la poche (sa portée est de deux mètres), il suffit de tourner une molette sur le tablier, de la mettre sur on, et de démarrer cet ADV 350, qui prend vie dans une sonorité raisonnablement étouffée. C’est à la fois discret et en plus très bien élevé, puisque on n’a pas les grognements, claquements et vibrations habituelles des monocylindres un peu brut de décoffrage qui équipent moult scooters.

Reste donc à décoller, ce qui se passe merveilleusement bien grâce à une poignée de gaz tout en douceur et en progressivité, et une transmission à la fois douce, elle aussi, mais qui ne patine pas dans la semoule comme nombre de ses concurrentes. Bref, tutto va bene comme on dit ici en Sicile…

Honda ADV 350 : essai en ville

Si nous avons atterri à Palerme, notre virée en scooter ne nous a pas permis d’explorer son agglomération de quasiment un million d’habitants. Dommage, car côté jungle urbaine, ça doit être quelque chose ! Par contre, nous nous somme égarés sur la côte ouest, dans les villes de Marsala et de Trapani, qui demandent malgré tout une certaine réactivité au guidon au vu de la manière de conduire des locaux.

Pas le peine de tenter de faire durer le suspense : le ADV 350 s’en est tiré à la perfection. Commandes douces et dosables, bon rayon de braquage, équilibre naturel, belle répartition des masses (oui, il fait 186 kilos avec les pleins – soit 2 de plus que le Forza 350), mais avec un châssis bien conçu qui place le radiateur et la batterie tout en bas à l’avant du plancher, l’ADV 350 se laisse mener avec la plus grande facilité.

On rajoutera deux autres observations qui font sens en ville : un espace sous la selle assez généreux (en gros, un casque intégral et un jet tiennent) et un top-case connecté proposé en option. Par contre, venant de la part de Honda qui n’est pas seulement un motoriste d’un immense talent, mais aussi un acteur engagé de la « mobilité green », on n’aurait rien eu contre la présence d’un stop & start, qui aurait permis de gagner un peu en tranquillité et en efficience énergétique au feu rouge.

Honda ADV 350 : essai sur route

Derrière nous, la mer : elle est bleue, bordée par de vieilles citadelles qui racontent l’histoire tourmentée de la Sicile. Devant nous, la montagne. L’Etna est un peu loin, mais la Sicile est une terre généreuse qui n’est pas avare en reliefs. Là encore, halte aux idées reçues : avec 29 chevaux pour 186 kilos, l’on pourrait se dire qu’il va falloir surveiller ses rétros pour ne pas se faire doubler par des campings car.

Encore une fois, erreur : les performances, si elles ne sont bien évidemment pas stratosphériques, sont suffisantes pour avancer convenablement, doubler en sécurité et même, osons le mot, se faire plaisir sur un itinéraire taillé à la mesure de cet engin. On a déjà loué la vivacité du moteur et la qualité de la transmission, et ces qualités se vérifient sur un terrain difficile comme la Sicile. L’accélération est linéaire et soutenue.

La Sicile, c’est le terrain de la Targa Florio, cette course mythique sur route ouverte qui s’est tenue de 1906 à 1977. Notre itinéraire d’essai effleure, parfois, ces lieux chargés d’émotion, ces bornes kilométriques patinées par le temps où l’on décèle parfois le coup de pare-choc d’une Maserati en perdition. Pour rendre hommage à cette période essentielle de l’histoire, Honda nous a privatisé une partie de route, histoire de voir un peu ce que le ADV 350 a dans le ventre : résultat, 146 km/h sur le plat, 155 compteur en descente. Pas mal pour un 350 de moins de 30 chevaux.

En réalité, on se contentera de savoir que l’ADV 350 sera parfait pour un usage urbain et surburbain, puisque il cruise confortablement à 110 km/h, accepte des liaisons à 130 sans broncher, et offre une capacité de dépassement très correcte à 80 où 90 km/h grâce à la réactivité de son variateur.

Bien que placée en position haute, la bulle reste un peu juste pour offrir une protection décente : il y a un peu de pression sur le haut du casque, quelques turbulences au niveau des épaules et des jambes. C’est ça aussi, l’aventure, c’est être (un peu) en communion avec les éléments, mais ce qui est sûr, c’est que le pare-brise réglable électriquement du Forza 350 protège mieux.

Les kilomètres défilent, on continue d’en prendre plein les yeux devant les paysages variés qu’offre la Sicile, et sur des routes glissantes et défoncées, le ADV 350 continue de dérouler sa partition ! Facile, neutre, évident, sécurisant, il se joue de tous les types de route avec une grande facilité et démontre qu’un scooter 350 bien conçu est un engin réellement polyvalent. Mention spéciale aux pneus Metzeler Karoo Street qui, mettent vite en confiance sur un bitume froid et parfois chelou.

En ayant passé la journée dans la roue de l’un des meilleurs "ouvreurs" du petit monde de la presse moto (le grand Alex Hearn, qui officiait sur une Africa Twin), on se rend compte que ça n’amuse pas le terrain et que la garde au sol est même assez remarquable... Quant à la consommation, elle ressort à 4,5 l/100 sur l’ordinateur de bord, mais il faut savoir que l’on roule plus vite en essai presse que dans la vraie vie.

On conserve les mêmes compliments pour les freins, dosables, progressifs et suffisamment puissants au vu des performances de l’engin (ils sont dotés de la fonction « warning » sur les gros freinages), et on passe de la mention aux félicitations en abordant le chapitre des suspensions.

Car, en réalité, quiconque a déjà roulé sur nombre de ces scooters de la catégorie « 300 – 400 » n’a pu que déplorer l’extrême médiocrité des composants, renforcée par la technologie du moteur oscillant et l’ancrage des amortisseurs directement sous le fessier du pilote. Quand la route se dégrade, c’est ô rage, ô désespoir, on finit avec les lombaires tassées, les gencives qui saignent et une furieuse envie de changer de monture. Le ADV 350 change complètement la donne : il amortit avec progressivité, se détend avec réserve et préserve son pilote des aléas de la route. Le confort fait partie de son vocabulaire, ce qui est assez nouveau pour un scooter. Rien à signaler de mauvais sur la selle, d’ailleurs.

Honda ADV 350 : et le tout-terrain, dans tout ça…

Une publication sérieuse comme la nôtre n’est pas là pour corroborer (ou pas) les errements marketing de certains (même si nous avons pu, à l’occasion, tomber dans le panneau). Honda a mieux dans sa gamme pour traverser le Kalahari et si vous envisagez de le faire en ADV 350, venez-nous en parler à la rédaction, votre cas nous intéresse. La garde au sol de 145 mm (seulement 10 de plus que le Forza) ne vous permettra pas de faire des folies.

Toutefois, le contrôle de traction est déconnectable, c’est déjà ça, et on a tenté la position debout : bonne nouvelle, on n’a pas trop le dos cassé, et en visant l’arrière des platines de repose-pieds, ça tient. Mais bon, si vous avez une maison de campagne au bout d’un sentier, ça le fera, n’allez toutefois pas vous imaginer traverser l’Atlas ou l’Europe par la TET à son guidon.

Honda ADV 350 : conclusion

Trois cents euros d’écart (à 6299 € contre 5999) : on pourrait penser que le supplément demandé est un peu excessif pour ce qui ne serait qu’une opération de maquillage. C’est faux : en réalité, l’ADV 350 dispose d’un châssis qui allie rigueur et confort et quand on pèse le tout, c’est même son principal argument, puisque pour un usage purement « commuting », la protection supérieure du Forza 350 peut suffire.

Reste le pouvoir évocateur d’un ADV à l’allure moins conformiste que le tout venant des scooters, la qualité de construction, le niveau d’équipement très correct, la garantie de 5 ans, la puissance du réseau. Honda envisage d’écouler 1400 unités de cet ADV 350, sans pour autant renoncer à la force du Forza 350, dont les objectifs sont portés à 2000 unités.

Ambitieux ? Peut-être, mais toujours est-il que ces scooters de moyenne cylindrée représentent, à mes yeux, un niveau de cohérence et de polyvalence qui est difficile à battre. Certes, les maxi-scooters de 500 et plus en proposent (un peu) plus contre (beaucoup, vraiment) beaucoup plus d’argent tant en budget d’achat que d’utilisation. Vive le 350 ? Y’a de ça, oui… Y’a aussi le tout nouveau Kymco DTX 360, avec lequel un match s’impose (le challenger s’offre à 5699 €), mais on sait déjà qu’il n’a pas le même niveau de finition ni, a priori, de protection au vent. On en reparle bientôt...

Philippe Guillaume - 27/01/2022
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